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Érythritol : danger réel ou fausse alerte ?

L'érythritol est-il dangereux pour le cœur ? Étude Nature Medicine, réévaluation EFSA, production naturelle par l'organisme : ce que dit vraiment la science.

Sucre alcool en poudre blanche dans une cuillère en bois
Photo de Towfiqu barbhuiya sur Pexels

L'érythritol n'est pas classé comme dangereux par les autorités sanitaires européennes, qui ont reconfirmé sa sécurité en décembre 2023. Mais une étude publiée dans Nature Medicine associe des taux sanguins élevés d'érythritol à un risque cardiovasculaire multiplié par 1,8 à 2,2. Les deux informations sont vraies en même temps, et voici pourquoi elles ne se contredisent pas complètement.

L'érythritol s'est imposé en quelques années comme l'édulcorant "propre" par excellence : zéro calorie, zéro impact sur la glycémie, présenté comme naturel car on le trouve dans certains fruits. Il est partout dans les produits keto, les mélanges à base de stévia et les alternatives "sans sucre". Depuis 2023, une étude a jeté un doute sérieux sur cette image sans tache. Faisons le point sans dramatiser ni minimiser.

Ce sujet touche à votre santé cardiovasculaire. Cet article synthétise des données scientifiques et réglementaires publiques, mais il ne remplace pas un avis médical. Si vous avez des antécédents cardiovasculaires, un diabète ou une autre pathologie métabolique, demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre consommation d'édulcorants.

Qu'est-ce que l'érythritol, concrètement

L'érythritol est un polyol (un "sucre-alcool") obtenu par fermentation du glucose de maïs par une levure, Moniliella pollinis. On le retrouve aussi à l'état naturel, en très petites quantités, dans certains fruits comme le melon, la poire ou le raisin, et dans des aliments fermentés.

Contrairement au sucre, il n'est quasiment pas métabolisé par l'organisme : environ 90 % de la quantité ingérée est absorbée telle quelle dans l'intestin grêle, puis excrétée intacte dans les urines, sans passer par le foie ni élever la glycémie ou l'insuline. C'est ce qui explique sa réputation d'édulcorant neutre. Il est autorisé dans l'Union européenne sous le code E968 et sert souvent à adoucir l'amertume de la stévia dans les mélanges vendus en grande surface.

L'étude qui a semé le doute

En février 2023, une équipe du Cleveland Clinic Lerner Research Institute dirigée par Stanley Hazen a publié dans Nature Medicine une étude portant sur des patients suivis pour une évaluation du risque cardiaque. Dans la cohorte initiale (1 157 patients), les personnes ayant les taux sanguins d'érythritol les plus élevés présentaient un risque accru d'événement cardiovasculaire majeur (décès, infarctus non fatal, AVC non fatal) sur 3 ans. Ce résultat a été confirmé dans deux cohortes de validation indépendantes, aux États-Unis (2 149 patients, risque multiplié par 1,80) et en Europe (833 patients, risque multiplié par 2,21), en comparant le quart des patients les plus exposés au quart les moins exposés, d'après l'étude publiée dans Nature Medicine.

Les chercheurs ont ensuite testé un mécanisme : faire boire à des volontaires sains une boisson contenant 30 g d'érythritol, une dose proche de celle d'un produit allégé du commerce. Résultat, mesuré dans une étude de suivi publiée en 2024 dans Arteriosclerosis, Thrombosis, and Vascular Biology : le taux sanguin d'érythritol a été multiplié par plus de 1 000 en quelques minutes, et les plaquettes sanguines des participants sont devenues nettement plus réactives, un signe qui favorise la formation de caillots.

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Ce que répond l'autorité sanitaire européenne

L'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a publié en décembre 2023 sa réévaluation complète de l'érythritol. Elle a fixé une dose journalière admissible (DJA) de 0,5 g par kilo de poids corporel, soit environ 35 g par jour pour un adulte de 70 kg, selon l'avis officiel de l'EFSA. Un point important : ce seuil a été établi pour éviter l'effet laxatif de fortes doses, pas en réponse au signal cardiovasculaire de l'étude Nature Medicine. Les autorités sanitaires, EFSA comme FDA américaine, n'ont pour l'instant pas modifié leur évaluation de sécurité sur la base de cette étude, considérant qu'elle n'établit pas de lien de causalité direct.

Ce n'est donc pas un désaccord entre deux évaluations contradictoires du même risque. C'est un décalage : la réglementation actuelle ne s'est pas encore prononcée spécifiquement sur le signal cardiovasculaire, faute de données jugées suffisantes pour trancher.

Le corps produit déjà de l'érythritol

Un élément change la lecture de l'étude : l'érythritol n'est pas totalement étranger à l'organisme. Le corps humain en fabrique lui-même de petites quantités à partir du glucose, via la voie des pentoses phosphates, comme le décrit une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). C'est ce qui explique qu'on en retrouve naturellement, à l'état de traces, dans le sang de tout le monde.

Mais la différence d'échelle est considérable. Cette production endogène se compte en quelques micromoles par litre. Une seule boisson édulcorée à l'érythritol fait grimper ce taux de plus de 1 000 fois au-dessus de la normale, comme vu plus haut. Le débat scientifique porte précisément là-dessus : les taux sanguins élevés observés dans l'étude Nature Medicine reflètent-ils la consommation alimentaire d'érythritol, ou pourraient-ils aussi révéler un dysfonctionnement métabolique préexistant qui pousse le corps à en produire davantage lui-même ?

Ce que disent les critiques de l'étude

Cette question n'est pas anodine. Une analyse critique publiée dans Frontiers in Nutrition souligne plusieurs limites de l'étude initiale, disponible sur PubMed Central. D'abord, les participants n'étaient pas des personnes en bonne santé prises au hasard : ils étaient déjà suivis pour une évaluation du risque cardiaque, souvent avec un diabète, une obésité ou une maladie cardiovasculaire préexistante. Ensuite, le taux d'érythritol n'a été mesuré qu'une seule fois, à jeun, sans aucune donnée sur ce que les participants avaient réellement mangé ou bu dans les jours précédents. Impossible, dans ces conditions, de prouver que c'est la consommation alimentaire d'érythritol, plutôt qu'un autre facteur métabolique lié à la maladie cardiovasculaire elle-même, qui explique l'association observée.

Autrement dit : l'étude établit une corrélation solide et un mécanisme biologique plausible (l'effet sur les plaquettes), mais elle ne prouve pas qu'un adulte en bonne santé qui consomme occasionnellement de l'érythritol augmente son risque cardiovasculaire. C'est exactement le type de nuance qui se perd dans les titres alarmistes.

En pratique : faut-il éviter l'érythritol ?

Trois repères concrets, en attendant que la recherche tranche plus précisément :

Si vous avez des antécédents cardiovasculaires, un diabète ou une maladie métabolique, la prudence a du sens. C'est justement le profil des patients chez qui le signal a été observé. Réduire les produits ultra-transformés riches en érythritol (barres, boissons, desserts allégés) et en parler à votre médecin est raisonnable.

Si vous êtes en bonne santé et consommez de l'érythritol occasionnellement (un café édulcoré, un yaourt allégé de temps en temps), rien dans les données actuelles ne justifie l'inquiétude. C'est la consommation quotidienne et concentrée, via des produits industriels qui en contiennent des doses proches de celles testées en laboratoire, qui pose question.

Regardez les étiquettes. L'érythritol se cache sous "E968" ou dans la liste d'ingrédients des produits "sans sucres ajoutés", "keto" ou "0 %". Une consommation répétée de plusieurs produits de ce type dans la même journée peut rapidement approcher les doses étudiées.

Quel est votre profil face au sucre ?

Se tourner vers l'érythritol ou un autre édulcorant est souvent une tentative de contourner l'envie de sucre sans en régler la cause. Le problème, c'est que ça ne fonctionne que pour certains profils. Pour d'autres, l'envie revient malgré l'édulcorant, parce qu'elle n'est pas déclenchée par le goût sucré mais par autre chose : le stress, un automatisme, une chute de glycémie.

Le bilan gratuit identifie lequel des quatre profils est le vôtre (physiologique, émotionnel, automatique, ou conscient mais bloqué) et l'approche qui vous correspond réellement, plutôt que de changer d'ingrédient sans changer de mécanisme.

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L'essentiel à retenir

L'érythritol n'est pas interdit ni classé dangereux par les autorités sanitaires, mais une étude sérieuse de 2023 associe des taux sanguins élevés à un risque cardiovasculaire accru, sans preuve formelle de causalité chez l'adulte en bonne santé.

  • Une étude Nature Medicine de 2023 associe les taux sanguins élevés d'érythritol à un risque cardiovasculaire multiplié par 1,80 à 2,21 sur 3 ans, chez des patients déjà à risque cardiaque.
  • L'EFSA a fixé en décembre 2023 une dose journalière admissible de 0,5 g/kg de poids corporel, mais basée sur l'effet laxatif, pas sur le signal cardiovasculaire.
  • Le corps produit naturellement de l'érythritol en très petite quantité ; une seule boisson édulcorée fait grimper le taux sanguin de plus de 1 000 fois au-dessus de la normale.
  • Les critiques de l'étude soulignent l'absence de données sur la consommation réelle et le profil déjà à risque des participants.
  • La prudence est surtout justifiée en cas d'antécédents cardiovasculaires ou de consommation quotidienne de produits industriels riches en érythritol.

Pour aller plus loin sur les alternatives au sucre, lisez Sucralose : danger réel ou fausse alerte ? et le guide complet pour arrêter le sucre, ou explorez la rubrique Sucre & fringales.

FAQ

L'érythritol est-il vraiment dangereux pour le cœur ?

Ce n'est pas tranché. Une étude publiée dans Nature Medicine en 2023 associe des taux sanguins élevés d'érythritol à un risque cardiovasculaire multiplié par 1,80 à 2,21 sur 3 ans, mais chez des patients déjà suivis pour un risque cardiaque, sans données sur leur consommation alimentaire réelle. Les autorités sanitaires comme l'EFSA n'ont pas modifié leur évaluation de sécurité sur cette base, jugeant la preuve de causalité insuffisante à ce stade.

Pourquoi le corps produit-il déjà de l'érythritol ?

L'organisme fabrique naturellement de petites quantités d'érythritol à partir du glucose, via la voie des pentoses phosphates, un processus métabolique normal. Ces quantités endogènes sont très faibles comparées à celles obtenues en consommant un produit édulcoré : une seule boisson à 30 g d'érythritol multiplie le taux sanguin par plus de 1 000, selon l'étude de suivi publiée en 2024.

Quelle est la dose d'érythritol à ne pas dépasser ?

L'EFSA recommande de ne pas dépasser 0,5 g par kilo de poids corporel et par jour, soit environ 35 g pour un adulte de 70 kg. Ce seuil a été fixé pour éviter l'effet laxatif de fortes doses, pas spécifiquement en réponse au risque cardiovasculaire évoqué depuis 2023.

Faut-il arrêter complètement l'érythritol ?

Rien dans les données actuelles ne justifie d'arrêter une consommation occasionnelle chez une personne en bonne santé. La prudence est surtout recommandée en cas d'antécédents cardiovasculaires, de diabète, ou de consommation quotidienne de plusieurs produits industriels qui en contiennent, où les doses peuvent se rapprocher de celles étudiées.

Sources

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