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Métabolisme8 min de lecture

Colorants alimentaires et diabète : ce que dit l'étude

Une étude sur 108 000 Français relie certains colorants (caramel, bêta-carotène, curcumine) à un risque plus élevé de diabète de type 2. Le détail.

Bonbons et confiseries multicolores illustrant les colorants alimentaires
Photo de Thang Nguyen sur Pexels

Une étude française publiée en mai 2026 relie plusieurs colorants alimentaires (colorant caramel, bêta-carotène, curcumine) à un risque plus élevé de diabète de type 2. Menée sur plus de 108 000 personnes suivies huit ans, elle ne vise pas un additif isolé, mais confirme un signal déjà repéré ailleurs : les aliments ultra-transformés, et les cocktails d'additifs qu'ils contiennent, pèsent sur le métabolisme.

Voici ce que dit vraiment l'étude, ce qu'elle ne prouve pas, et comment réduire votre exposition sans devenir expert en numéros E.

Ce que montre l'étude NutriNet-Santé publiée en 2026

L'étude, publiée en mai 2026 dans la revue Diabetes Care (revue de référence de l'American Diabetes Association), a suivi 108 723 participants de la cohorte française NutriNet-Santé entre 2009 et 2023, tous indemnes de diabète au départ. Leur consommation d'additifs colorants a été estimée via des relevés alimentaires répétés sur 24 heures, croisés avec des dosages en laboratoire.

Sur un suivi médian de 8 ans, 1 131 cas de diabète de type 2 sont apparus. Résultat principal, relayé par Inserm : les plus gros consommateurs de colorants alimentaires avaient un risque de diabète de type 2 environ 38 % plus élevé que les plus faibles consommateurs. Plusieurs colorants pris séparément ressortent avec des risques comparables : colorant caramel (HR 1,43), bêta-carotène (HR 1,44), curcumine (HR 1,49), sur une fourchette globale de 1,20 à 1,49 selon les additifs.

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De quoi parle-t-on vraiment : caramel, bêta-carotène, curcumine

Ces trois noms méritent une précision, car ils prêtent facilement à confusion.

Le colorant caramel n'est pas le caramel de dessert. C'est un additif industriel (famille E150) qui donne leur teinte brune à de nombreux sodas de type cola, sauces, biscuits et plats préparés. Le bêta-carotène étudié ici n'est pas celui d'une carotte ou d'une patate douce entière : c'est le pigment E160a, extrait et ajouté en dose concentrée dans des margarines, boissons et snacks industriels. Même logique pour la curcumine : la molécule E100, extraite du curcuma puis purifiée et incorporée à forte concentration dans des moutardes, sauces ou plats préparés, n'a rien à voir avec une pincée de curcuma en cuisine.

Ce que l'étude mesure, en réalité, c'est l'exposition à des additifs concentrés et ajoutés industriellement, pas la consommation d'aliments entiers colorés naturellement. Les auteurs avancent que ces colorants fonctionnent surtout comme un marqueur de la consommation d'aliments ultra-transformés, avec des pistes mécanistiques (impact possible sur la signalisation de l'insuline, sur l'inflammation) qui restent à confirmer. C'est un point important : il s'agit d'une étude observationnelle, elle établit une association statistique, pas une preuve de cause à effet directe.

Ce n'est pas la première alerte sur les cocktails d'additifs

Cette étude confirme un signal déjà observé dans la même cohorte. En avril 2025, une équipe a publié dans PLOS Medicine une analyse portant sur 108 643 participants NutriNet-Santé, suivis en moyenne 7,7 ans. Sur les 269 additifs recensés dans la cohorte, les 75 les plus consommés (par au moins 5 % des participants) ont été croisés par une méthode statistique de regroupement : les chercheurs ont ainsi identifié cinq "mélanges" d'additifs typiques des produits ultra-transformés. Deux d'entre eux ressortaient associés à un risque plus élevé de diabète de type 2 : un mélange à base d'amidons modifiés, de gommes et de curcumine (HR 1,08), et un mélange à base d'édulcorants, d'acidifiants et de colorant caramel (HR 1,13).

Les risques individuels y sont plus modestes que dans l'étude 2026, logique puisque l'analyse portait sur des combinaisons entières et non sur un additif isolé. Mais le message de fond converge : ce n'est jamais un seul additif qui pose question, c'est la fréquence à laquelle un même profil de produits ultra-transformés, chargés de plusieurs additifs à la fois, revient dans l'assiette.

Le cadre réglementaire évalue additif par additif

La réglementation européenne n'a, à ce jour, pas tiré de conclusion sur ce signal diabète : la science est trop récente. Mais l'exemple des colorants azoïques montre comment fonctionne l'évaluation actuelle, et sa limite.

En 2007, une étude de l'université de Southampton avait relié certains mélanges de colorants et un conservateur (le benzoate de sodium) à des manifestations d'hyperactivité chez l'enfant. En 2008, l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a évalué cette étude et conclu à une preuve limitée d'un effet modeste, sans pouvoir l'exclure totalement. Par précaution, le règlement européen sur les additifs alimentaires a introduit l'obligation d'afficher la mention "peut avoir des effets indésirables sur l'activité et l'attention chez l'enfant" sur tout produit contenant l'un de ces six colorants, obligation en vigueur depuis 2010.

Cet exemple illustre une chose : l'évaluation réglementaire se fait additif par additif, sur un effet de santé précis, avec une dose journalière admissible calculée pour chaque substance prise isolément. Elle ne mesure pas l'effet d'un cocktail de dix ou quinze additifs consommés le même jour, ce que reflète pourtant l'alimentation réelle. C'est exactement l'angle mort que pointent les études de cohorte comme NutriNet-Santé.

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Réduire son exposition sans traquer chaque numéro E

Pas besoin de mémoriser une liste de codes pour agir. Quelques repères suffisent.

Regardez la longueur de la liste d'ingrédients avant le nombre de colorants. Un produit avec cinq ingrédients reconnaissables contient rarement un cocktail d'additifs. Une liste de quinze lignes avec plusieurs noms chimiques est presque toujours un marqueur d'aliment ultra-transformé, colorants ou non.

Repérez les catégories les plus concernées. Sodas et boissons aromatisées, sauces industrielles, charcuteries, plats préparés colorés, confiseries et pâtisseries industrielles concentrent l'essentiel de l'exposition aux colorants ajoutés, comme nous l'expliquons dans notre liste des aliments sans sucre et de leurs faux amis.

Privilégiez le fait maison pour les sauces et plats du quotidien. C'est le geste le plus efficace pour réduire d'un coup l'exposition à plusieurs familles d'additifs, colorants compris, sans avoir à déchiffrer une étiquette.

Ne diabolisez pas un aliment coloré naturellement. Une carotte, une tomate ou un curry maison au curcuma n'ont rien à voir avec un additif purifié à forte dose. C'est la concentration et la forme industrielle qui font la différence, pas la couleur en elle-même.

Cette logique rejoint ce que nous détaillons dans notre article sur la stabilisation de la glycémie au naturel : c'est la fréquence des produits ultra-transformés dans l'assiette, bien plus qu'un ingrédient isolé, qui pèse sur le métabolisme.

L'essentiel à retenir

Une étude 2026 sur plus de 108 000 Français relie plusieurs colorants alimentaires (caramel, bêta-carotène, curcumine) à un risque de diabète de type 2 plus élevé chez les plus gros consommateurs (+38 %). Une étude antérieure sur la même cohorte pointait déjà des mélanges d'additifs typiques de l'ultra-transformé.

  • Le signal ne vise pas un colorant isolé, mais l'exposition répétée à des additifs concentrés, marqueurs d'aliments ultra-transformés.
  • C'est une association statistique, pas une preuve de causalité directe : les mécanismes restent à confirmer.
  • La réglementation évalue chaque additif séparément, pas les cocktails réellement consommés.
  • Le levier le plus simple reste la fréquence des produits ultra-transformés, pas la traque de chaque numéro E.

Pour aller plus loin sur les leviers naturels du métabolisme, lisez Résistance à l'insuline : signes et comment l'inverser et la rubrique Métabolisme.

FAQ

Le curcuma en cuisine est-il concerné par cette étude ?

Non. L'étude porte sur la curcumine purifiée (additif E100), ajoutée en dose concentrée à des produits industriels comme les sauces ou les plats préparés. Une pincée de curcuma en poudre dans un plat maison n'a ni la même forme ni la même dose que l'additif étudié.

Faut-il arrêter de boire du soda à cause du colorant caramel ?

L'étude n'établit pas qu'un soda occasionnel cause le diabète. Elle montre un risque plus élevé chez les plus gros consommateurs réguliers de colorants, tous produits confondus. Le soda de type cola en est une source fréquente via le colorant caramel, mais c'est la fréquence globale de consommation d'ultra-transformé qui compte, pas un verre isolé.

Cette étude prouve-t-elle que les colorants causent le diabète ?

Non. C'est une étude observationnelle : elle montre une association statistique entre exposition aux colorants et risque de diabète de type 2, pas une preuve de cause à effet. Les auteurs évoquent des pistes mécanistiques (marqueur de l'ultra-transformé, effets possibles sur la signalisation de l'insuline) qui restent à confirmer par d'autres travaux.

Comment savoir si un produit contient beaucoup d'additifs colorants ?

Regardez la liste d'ingrédients : plus elle est longue et contient de noms chimiques ou de numéros E, plus le produit est ultra-transformé. Les sodas, sauces industrielles, charcuteries et confiseries concentrent l'essentiel de l'exposition aux colorants ajoutés.

Sources

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